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Matthieu Mertian
eMediaPlace peut devenir le nouveau média de l’immédiat

Invité du club affaires de la CCIFM au mois de février, Matthieu Mertian, fondateur du kiosque numérique eMediaPlace, a partagé son expérience sur le développement d’un site e-commerce à Madagascar, avec ses opportunités et ses difficultés.

 

L’Express Madagascar Business : eMediaPlace a été créé il y a tout juste un an. Quel bilan faites-vous aujourd’hui ?

Matthieu Mertian : Pour être tout à fait précis, nous avons commencé à travailler sur le projet en février 2016, créé la société en juillet, et lancé le service en novembre dernier. Les utilisateurs nous disent être très satisfaits du service. Le nombre de souscriptions sur le site est en ligne avec nos prévisions. En revanche, le paiement en ligne est encore assez peu développé à Madagascar, ce qui constitue encore un frein. Nous devons maintenant faire savoir que le paiement en ligne est possible, et améliorer le ratio entre les inscrits sur le site web et les ventes.

E.M.B. : A quoi attribuerez-vous l’échec ou la réussite d’un site e-commerce à Madagascar ?

M.M. : Il y a de nombreux aspects, bien entendu. Si l’on extrait les facteurs communs aux canaux de distributions traditionnels et au e-commerce comme le positionnement ou l’attractivité d’une offre, il faut d’abord gagner la confiance des clients. Faire connaître le site web par des moyens adaptés est indispensable, notamment par une stratégie de communications, digitale pertinente. Cela passe également par un parcours client aussi simple que possible et des engagements tenus. L’un des sujets critiques sera la logistique de livraison.

E.M.B. : Lors de votre présentation, vous avez montré des statistiques édifiantes sur les chiffres d’affaires de l’e-commerce mondial. Madagascar est-il vraiment entré dans l’ère numérique ?

M.M. : Le marché du e-commerce représente 2 000 milliards de dollars dans le monde, et croît chaque année de 25% ! En Afrique, il représente actuellement 2 milliards de dollars, ce qui est faible en proportion. Cela signifie que des points de blocage existent encore. À Madagascar, il faut en être conscient, nous disposons d’infrastructures Internet suffisam ment performantes pour ce type d’activité, ce qui n’est pas le cas de tous les pays africains. Dernièrement, nous avons tous subi une conjonction de facteurs impactant fortement l’Internet malgache. Mais il faut noter que des projets visant à limiter cela à l’avenir sont en discussion depuis longtemps, et vont se réaliser. C’est un enjeu majeur pour le pays, et les dizaines de milliers d’emplois à venir dans l’outsourcing sont directement conditionnés par ces investissements. Ceci dit, le mécontentement occasionné a permis de mesurer à quel point les Malgaches sont désormais connectés. Il faut également parler des solutions de paiement en ligne : celui-ci n’était pas possible il y a encore quelques mois en ariary. Dès que nous avons été en mesure de permettre les paiements via MVola et Orange Money sur notre site, cela a débloqué la situation. Plus de 4,5 millions de Malgaches disposent de comptes Mobile Banking. Il est évident que le e-commerce est désormais un canal de distribution inévitable partout dans le monde. Il n’y a aucune raison que cela ne soit pas très rapidement le cas à Madagascar.

E.M.B. : Pourquoi avoir choisi le segment de la presse ?

M.M. : Développer la presse numérique à Madagascar a plusieurs avantages. En premier lieu, c’est un produit dématérialisé qui nous affranchit de la problématique logistique : Internet est notre moyen de transport. En second lieu, nous avons constaté que les journaux sont principalement distribués à Tana. Dans certaines villes de province, ils arrivent le soir ou dans les 48 heures qui suivent. Et quelquefois jamais. Pourtant, sur des business de grande consommation comme la téléphonie ou la télé payante, la province représente 50% du marché en valeur. Avant eMediaPlace, on peut considérer que ce marché n’était pas adressé. Certains consultent les sites web des éditeurs, mais on n’y retrouve pas le contenu intégral des versions papier. Celui qui dispose de ces contenus ne se rend pas compte de son avantage. Par exemple, demandez à une personne qui n’en dispose pas, au même moment que les autres, s’il n’est pas énervant de s’entendre dire que le terrain ou la voiture est déjà vendue ! Ou pire, le job vient d’être pourvu. eMediaPlace peut devenir le nouveau média de l’immédiat à Madagascar car les titres sont disponibles en un clic et il est possible d’effectuer le paiement en ariary. Il y a enfin les Malgaches qui vivent à l’étranger et cherchent à s’informer sur leur pays d’origine. Pour l’anecdote, le tout premier achat effectué sur le site l’a été depuis le Sénégal!

E.M.B. : Quels sont les ingrédients principaux de votre segment ?

M.M. : Le catalogue de titres constitue un des sujets importants. Aujourd’hui, nous proposons 12 titres Malgaches, dont Business bien entendu, et une trentaine de titres Français. Ce catalogue est amené à croître. D’ailleurs, nous sommes en passe d’ajouter des titres mauriciens. Il faut également délivrer ces journaux ou revues dès leur parution. Ainsi, chaque quotidien est disponible pour nos acheteurs, dès 6 heures tous les matins. Cela permet de s’informer avant de commencer sa journée de travail ou dans les transports. Pour les gens qui se déplacent à Madagascar comme à l’étranger, c’est également un bon moyen de rester informé. Enfin, il faut permettre l’achat en ariary. C’est indispensable. Il existe déjà de nombreux sites dans le monde proposant la même chose que eMediaPlace. Le problème est que, si vous ne disposez pas d’un moyen de paiement gérant l’euro ou le dollar, vous ne pouvez rien acheter ! Le taux de bancarisation est déjà faible à Madagascar, sans compter que le plus grand nombre de cartes bancaires en circulation ne gèrent que l’ariary et ne permettent pas l’achat en ligne. Ainsi, acheter sur eMediaPlace, dès leur sortie en France, un Paris Match à 7 500 ariary, L’Equipe ou Le Journal du Dimanche à 3 750 ariary, ou encore la presse malgache moins chère qu’en version papier pour la très grande majorité des offres, c’est désormais possible.

E.M.B. : Que représente ce marché ? Comment évoluent les souscriptions ?

M.M. : C’est assez difficile à dire. Admettons qu’il se vende 80 000 titres chaque jour à Tana, ce qui reste à vérifier. Entre le potentiel incrémentiel de la province et la diaspora, si l’on parvient à des chiffres comparables avec ceux d’autres secteurs, il est possible de doubler le marché actuel. Mais avant cela, il faut absolument démocratiser l’usage du paiement en ligne. Je précise au passage que cela n’est qu’une question de temps, et que tout s’accélère. C’est une question de mois ! Dans chaque secteur d’activité, le premier qui sera prêt à vendre en ligne disposera d’un avantage très important. Ne pas être prêt constituerait une faute stratégique majeure.

E.M.B. : Vous êtes à neuf journaux et trois magazines de la presse malgache et trois journaux et 26 magazines de la presse française. Comment ces choix se sont-ils faits ?

M.M. : Concernant les éditeurs Malgaches, nous avons fait une présentation du projet au GEPIMM qui les regroupe. Trois d’entre eux nous ont fait confiance et je les en remercie. Concernant la presse française, nous leur avons expliqué pourquoi ils vendaient très peu de versions numériques à Madagascar, dans l’océan Indien, et plus largement en Afrique. Nos projets d’extension sur l’Afrique continentale les ont convaincus que eMediaPlace était le bon partenaire sur ce marché à très fort potentiel.

E.M.B. : Quelles sont vos perspectives ?

M.M. : Comme pour toute nouvelle activité, nous devons déjà générer des ventes pour pouvoir financer la suite. C’est pourquoi nous venons de lancer une offre Entreprises permettant de gérer de multiples comptes utilisateurs de manière centralisée. D’ici quelques semaines, nous lancerons officiellement l’activité à l’île Maurice. Enfin, avant fin 2017, nous aimerions avoir finalisé les contrats de distribution avec des éditeurs d’Afrique Continentale.